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Fermez les yeux un instant. Imaginez une cuisine alsacienne, un grand saladier de pâte, l’odeur de friture dorée, des enfants qui rient et une grand-mère qui surveille la cuisson d’un regard expert. Ces beignets de carnaval alsaciens, croustillants dehors et si moelleux dedans, ne sont pas qu’une simple gourmandise. Ils racontent une histoire de famille, de transmission et de fête.
En Alsace, à l’approche du carnaval, il y a un réflexe presque automatique : sortir le vieux cahier de recettes, tâché de farine, celui de la grand-mère. La recette des fasnachtkiechle, ces beignets de carnaval, s’y cache entre deux pages cornées, parfois écrite à la plume ou à la machine à écrire.
Chaque famille a sa version. Chez certains, on les sert en losanges, bien gonflés. Chez d’autres, ce sont des petits boudins, les schankala, tordus à la main. Mais l’esprit reste le même. On se retrouve autour de la table, on étale la pâte, on découpe, on rit, on goûte un peu de sucre. Et peu à peu, la maison se remplit de cette odeur si particulière de beignets chauds.
Ces beignets ne sont pas seulement un dessert. Ils sont un moment de lien. On se raconte des souvenirs d’enfance, on pense à ceux qui ne sont plus là mais qui ont donné la recette. On transmet les gestes, presque sans y penser.
La force de cette recette, c’est sa simplicité. Quelques ingrédients de base, très classiques, mais dosés avec soin. Et surtout, une pâte bien travaillée et un temps de repos respecté.
Pour environ 20 beignets alsaciens, il vous faut :
Dans certaines maisons, on ajoute un peu de zeste de citron, une pointe de vanille ou un trait de rhum. Dans d’autres, l’eau-de-vie locale est non négociable. C’est ce petit parfum discret qui, soudain, vous ramène dans la cuisine de votre grand-mère.
La réussite de ces beignets alsaciens tient à trois choses : l’ordre des gestes, la texture de la pâte et le respect du repos. Rien de compliqué, mais chaque étape compte.
Voici la préparation, étape par étape.
1. Mélanger les ingrédients secs
Dans un grand saladier, versez les 500 g de farine. Ajoutez le sucre, la pincée de sel et le sachet de levure chimique. Mélangez avec une cuillère ou avec la main pour bien répartir la levure et le sucre dans la farine.
2. Ajouter les œufs et le beurre
Creusez un puits au centre. Cassez-y les 3 œufs. Ajoutez le beurre fondu, mais pas brûlant, simplement tiède. Commencez à mélanger du centre vers l’extérieur, petit à petit, jusqu’à ce que la farine s’incorpore.
3. Ajuster avec le lait ou l’eau-de-vie
Selon la farine, la pâte peut être un peu trop sèche. Ajoutez alors 3 cl de lait ou d’eau-de-vie, petit à petit. Si besoin, ajoutez encore un peu, mais sans dépasser environ 6 cl. La pâte doit devenir souple, douce au toucher, mais ne doit pas coller franchement aux doigts.
4. Pétrir jusqu’à obtenir une pâte lisse
Versez la pâte sur un plan de travail légèrement fariné. Pétrissez pendant 5 à 7 minutes. La texture doit devenir homogène, élastique, presque satinée. C’est ce travail de pâte qui donnera des beignets bien gonflés et moelleux.
5. Laisser reposer la pâte
Remettez la pâte en boule dans le saladier. Couvrez avec un torchon propre. Laissez reposer au moins 30 minutes à température ambiante, à l’abri des courants d’air. Ce temps permet à la pâte de se détendre et de mieux se travailler ensuite.
Une fois la pâte reposée, vient le moment le plus ludique. On façonne, on découpe, on choisit la forme. C’est souvent là que les enfants veulent mettre la main à la pâte.
1. Étaler la pâte
Farinez légèrement le plan de travail. Étalez la pâte au rouleau sur environ 8 mm à 1 cm d’épaisseur. Pas trop fin, sinon les beignets sécheront vite. Pas trop épais, pour qu’ils cuisent bien à cœur.
2. Pour les fasnachtkiechle (en losanges)
Avec un couteau ou une roulette à pâtisserie, découpez des bandes, puis des losanges réguliers. Pas besoin de perfection géométrique. Ce petit côté irrégulier fait aussi le charme de la recette de grand-mère.
3. Pour les schankala (en petits boudins)
Coupez des petits morceaux de pâte. Roulez-les avec les mains pour former des boudins. Vous pouvez les laisser droits ou les torsader légèrement. Ils gonfleront joliment à la cuisson.
La cuisson dans l’huile peut faire un peu peur, mais avec quelques repères simples, tout se passe bien. Le but : des beignets bien dorés, moelleux à l’intérieur, sans être imbibés d’huile.
1. Chauffer l’huile à bonne température
Versez l’huile de friture dans une friteuse ou une grande casserole profonde. Faites chauffer jusqu’à environ 170–180 °C. Si vous n’avez pas de thermomètre, plongez un petit bout de pâte. S’il remonte en faisant de petites bulles et dore tranquillement, l’huile est prête. S’il noircit trop vite, c’est trop chaud.
2. Cuire les beignets par petites fournées
Plongez quelques beignets à la fois dans l’huile, sans surcharger la casserole. Ils doivent avoir la place de gonfler. Laissez-les dorer 1 à 2 minutes de chaque côté, en les retournant avec une écumoire. Quand ils sont bien dorés et gonflés, sortez-les.
3. Égoutter et sucrer
Déposez les beignets sur du papier absorbant pour retirer l’excès d’huile. Quand ils sont encore légèrement tièdes, saupoudrez généreusement de sucre glace. La fine neige blanche sur la croûte dorée, c’est un peu la signature de ces beignets de carnaval.
En Alsace, la tradition veut qu’on serve parfois ces beignets avec… une soupe de légumes. Oui, cela peut surprendre. Mais dans les familles nombreuses, c’était un repas complet. Une bonne soupe chaude, nourrissante, puis les beignets, pour finir sur une note douce.
Vous pouvez aussi les proposer :
Une petite mise en garde souvent répétée par les anciens : ne pas en abuser quand ils sont brûlants. Laissez-les tiédir quelques minutes. Ils restent ultra moelleux, tout en étant plus digestes.
Dans un monde où tout va vite, où l’on achète souvent des desserts déjà prêts, prendre le temps de préparer ces beignets du carnaval a quelque chose de précieux. Ce n’est pas seulement une recette, c’est un moment à part. On s’arrête, on pétrit, on écoute la pâte frire, on goûte, on partage.
Pourquoi ne pas en faire votre nouveau rituel de février ? Invitez vos enfants, vos petits-enfants, des amis. Notez la recette sur une feuille, glissez-y vos propres astuces. Ajoutez peut-être un trait de parfum qui vous ressemble. Un jour, quelqu’un dira : « c’est la recette de beignets de chez nous ». Et là, vous saurez que la tradition continue.
Alors, la prochaine fois que le carnaval approche, sortez la farine, les œufs et l’huile. Laissez parler la grand-mère alsacienne qui sommeille peut-être un peu en vous. Vos beignets n’auront pas seulement une belle couleur dorée. Ils auront aussi le goût d’une histoire qui se transmet.